Pour que la COP 21 ne passe pas à côté de l’État d’urgence climatique !

Note de décryptage du texte de négociations, le 25 novembre 2015, par Geneviève Azam, Maxime Combes, Thomas Coutrot
À la veille de la COP 21, nous publions cette courte note de décryptage du texte en cours de négociations. Pour chacune des parties du texte, ce document présente la pire et la moins mauvaise des options présentes dans le texte, ainsi que l’option – absente du texte – que les États-membres de l’ONU, s’ils étaient sérieux en matière de lutte contre les dérèglements climatiques, devraient adopter. Ce document vise à interpeller l’opinion publique et poursuivre notre patient travail d’explicitation des enjeux autour de cette nouvelle conférence de l’ONU sur le réchauffement climatique.
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I. L’écart entre 2 °C et 3 °C s’appelle un crime climatique !

À la veille de la COP 21, 170 pays ont remis à l’ONU leurs contributions nationales volontaires (INDCs). Si le chiffre peut impressionner – il illustre le fait que tous les États importants consentent à être actifs – le contenu de ces contributions n’est pas à la hauteur des enjeux.

Comme le montrent de nombreuses études, y compris l’évaluation réalisée par l’ONU, ces contributions nationales volontaires conduisent à un réchauffement climatique supérieur à 3 °C d’ici la fin du siècle ; soit bien plus que le mandat que les États se sont eux-mêmes donnés pour Paris, à savoir ne pas dépasser les 2 °C maximum. Il serait logique que cet écart entre le souhaitable (les 2 °C ou moins) et le réel (les 3 °C ou plus) soit au cœur de la négociation de Paris et que les États s’accordent pour se répartir les efforts supplémentaires nécessaires. Ce serait logique, mais ce ne sera pas le cas. Ces contributions ne seront pas revues à la hausse lors de la COP 21.

Pas de réduction d’émissions en vue.

Après avoir augmenté de 60 % depuis le début des négociations en 1990, les émissions de gaz à effet de serre augmenteront encore de plus de 10 % d’ici à 2030. Cet écart entre le réel (les 3 °C ou plus) et le souhaitable (les 2 °C ou moins) n’est pas un bon point de départ pour aller plus loin, plus tard, comme il est souvent dit. En matière de climat, tout retard pris n’est pas rattrapable et il hypothèque dangereusement la transition énergétique mondiale : selon l’évaluation de l’ONU, les engagements actuels des États conduisent à consommer en 15 ans près de 75 % du budget carbone global (environ 1000 Gt) dont nous disposons pour ne pas aller au delà des 2 °C (ref).

Cet écart entre le réel et le souhaitable est le point de départ pour de nouveaux et plus nombreux crimes climatiques dont les populations les plus vulnérables vont payer le plus lourd tribut comme le montre la nouvelle étude de la Banque Mondiale (ref). Le terme « crime » n’est pas déplacé. Il est légitime de parler de crimes climatiques pour caractériser l’ensemble de ces politiques et décisions qui, en toute connaissance de cause, portent atteinte aux fragiles équilibres de notre écosystème : 3 °C de réchauffement climatique n’est pas une planète vivable. C’est une planète où les déséquilibres géopolitiques déstabiliseront nos sociétés, où des centaines de millions de personnes ne pourront pas se nourrir correctement, se déplacer pour subvenir à leurs besoins, sortir de la pauvreté, ou tout simplement survivre, et où des centaines de millions d’autres devront migrer pour fuir les catastrophes. Un crime, de toute autre nature que les attentats terroristes, mais un crime dûment documenté, répertorié et qu’il serait possible d’éviter.

Nous soutenons le travail d’analyse mené par de nombreuses ONG, syndicats et associations rendu public récemment, le CSO Equity review (http://civilsocietyreview.org/) (voir graphique), qui montre l’écart existant entre la juste part que devraient réaliser les pays les plus riches et leurs engagements, ce qui conduit à hypothéquer la possibilité de revenir vers une trajectoire de réchauffement inférieur à 2 °C.

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