Eolien : l'Ademe encourage le maillage du territoire

Le 13 mai 2016 - Article de Philippe Collet dans Actu-Environnement.com

L'Ademe propose un outil de cartographie du potentiel éolien local. Le but est de permettre aux collectivités d'intégrer l'éolien dans leur politique. L'enjeu est important, car le foisonnement permet de se passer de centrales thermiques de soutien.

 

Le 4 mai, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a fait un point sur l'éolien et ses perspectives en France. A cette occasion, elle a présenté un outil permettant de cartographier le potentiel local, afin d'accompagner les collectivités territoriales dans la mise en œuvre de leur politique énergétique et leur planification territoriale à moyen et court termes. Le développement éolien à cette échelle semble particulièrement important aux yeux de l'Ademe, car elle insiste sur le fait qu'au niveau régional, le réseau électrique n'a aucune difficulté à intégrer la production éolienne. Le foisonnement des sites de production et les capacités d'anticipation du gestionnaire de réseau ne nécessitent pas la création de centrales thermiques en soutien, insiste l'Ademe.

L'outil de cartographie de la ressource éolienne se présente sous la forme d'un site internet qui permet d'évaluer le potentiel local à partir d'une carte de France. Il présente les vitesses des vents à différentes hauteurs et des indicateurs permettant de quantifier les variabilités de court et de long termes. Il est notamment possible d'obtenir pour chaque site un tableau du potentiel de production d'une éolienne de 1 mégawatt (MW) selon six hauteurs de rotor (de 60 à 120 m, par paliers de 20 m) et trois toilages (faible, moyen et fort).

A l'échelle régionale, la production est lissée

Par ailleurs, alors que les opposants insistent sur l'intermittence de l'éolien, l'avis de l'Ademe souligne son caractère "prévisible et gérable". L'Agence rappelle que le gestionnaire de réseau de transport anticipe la production éolienne à court terme pour l'intégrer efficacement. "Même si le vent local peut être difficile à prévoir, l'expérience du gestionnaire de réseau montre qu'à l'échelle régionale se produit un effet de lissage des variabilités de la production, appelé foisonnement", rappelle l'Ademe. Aujourd'hui, le foisonnement permet une précision suffisante pour assurer une bonne gestion de l'équilibre entre l'offre et la demande d'électricité. D'après les données RTE, "l'erreur de prévision de la veille pour le lendemain restera inférieure, au moins jusqu'à 2020, à l'erreur de prévision de la demande d'électricité", explique la note.

En conséquence, l'agence estime qu'au stade de développement actuel, la production éolienne "ne nécessite pas de centrales thermiques de réserve supplémentaires". La question ne devrait pas se poser tant que la capacité éolienne installée ne dépasse pas 20.000 MW. Fin 2015, la puissance totale raccordée au réseau français est de l'ordre de 10.300 MW. En outre, l'Agence rappelle que des solutions de gestion de l'équilibre offre/demande permettront de limiter le recours aux centrales thermiques d'appoint. Elle mise en particulier sur les smart grids qui apporteront de la flexibilité grâce aux possibilités d'effacement des consommations aux heures de pointe.

Pour rappel, l'arrêté relatif aux objectifs de développement des énergies renouvelables (EnR) publié le 26 avril fixe un plafond de puissance installée de 15.000 MW pour fin 2018 et un plafond compris entre 21.800 MW et 26.000 MW d'éolien terrestre à horizon 2023. Quant à l'objectif pour l'éolien en mer, il est plafonné à 500 MW pour 2018 et à 3.000 MW pour 2023.

Plus globalement, l'avis défend le "bilan environnementale largement positif" de l'éolien, grâce en particulier à ses "très faibles" émissions de gaz à effet de serre (GES) et autres polluants atmosphériques. Les émissions de CO2 sont évaluées à 12,7 grammes par kilowattheure (gCO2/kWh) pour le parc installé en France, contre 82 gCO2/kWh pour l'ensemble du mix électrique national. Avec un coût de production de l'ordre de 70 euros par mégawattheure (MWh) sur 20 ans, les machines actuelles affichent "une compétitivité croissante". Quant aux impacts sur les espèces, le bruit et les paysages, ils "font l'objet d'études et d'une réglementation qui permettent de les maîtriser et de les réduire", explique l'Agence. Autre point positif : "La filière éolienne dans son ensemble est créatrice de valeur ajoutée, d'emplois locaux et d'innovations techniques et sociales", estime l'Ademe, expliquant que plus de 10.000 emplois directs et un chiffre d'affaires à l'exportation d'environ un milliard d'euros par an sont en jeu.

Article de Philippe Collet dans Actu-Environnement.com

Photo : © Olivier Sébart